9/24/2011

Journal de Bord - Premier Jour.

Parce qu’on sort tous juste des études, qu’on a beaucoup de temps devant nous, et que Pills Nation n’est que notre premier projet avec assez d’ambition pour qu’on se bouge à faire un blog rien que pour lui, on s’est dit que ressortir le journal de bord que j’avais tenu comme un ado mal dans sa peau ne serait pas une mauvaise idée. Avec le recul, y a beaucoup de choses dans ma vie qui ont commencé par « ce ne serait pas une mauvaise idée », et qui ont viré à la catastrophe totale, mettant en péril une stabilité mentale déjà précaire. En même temps, l’idée c’est aussi et surtout de se marrer comme quand on mate de vieilles photos de famille où on a tous des looks ignobles, mais où on se dit avec une nostalgie pernicieuse, que c’était le bon temps. Et puis en plus qui sait ?! Peut-être que ce truc deviendra culte, sera édité en bouquin et inspirera des dizaines de générations de créateurs ?!
Mouais…Je sais ce que t’es en train de penser, je m’arrête là, et je te laisse lire…

Dimanche 24 octobre 2010
Veille de tournage, je suis avec Adrien, l’autre producteur et scénariste en chef de la série, on s’est posé par terre autour d’une bougie, à se balancer d’avant en arrière en répétant tout haut « on va galérer » pour se préparer. Bon, on a arrêté, parce qu’il flippait que sa coloc nous surprenne, et qu’elle le vire de l’appart. 

C’est quand même marrant, quelque soit le projet, il y a toujours ces quatre phases distinctes dans la préparation d’un film, du moins du côté de la prod. Première phase, c’est l’élaboration de l’idée, où t’es persuadé que tu tiens le chef d’œuvre ultime. Dans ta tête, les scènes de fusillade ressembleront forcément à celle de Heat, les dialogues seront digne d’un Scorcese, d’ailleurs pour l’acteur principal tu verrais bien DeNiro… Nan sérieusement, à ce moment là tout est possible… Sans parler des scènes de festival dans ta tête où on te remet des récompenses devant un public applaudissant à tout rompre… C’est le kiff.

Bon, la deuxième phase, c’est le début de la préparation concrète, le projet est amorcé, on sait qu’on peut plus faire marche arrière car sinon, on passe déjà pour des blaireaux. L’enthousiasme est toujours là, les choses se mettent en place, et même si tu sais que t’auras pas DeNiro, que l’hélicoptère, c’est mort, et que la fusillade, elle sera pas aussi balaise que prévue, t’es quand même fier d’en parler autour de toi.

Troisième phase, c’est la période « A la bourre ». T’as pensé à réservé le matos du son ? D’ailleurs c’est qui l’ingé son ? Quoi ! On en a toujours pas ?! Et les autorisations de la mairie ? Oh merde, j’ai zappé… Bref, tu commences à te dire que la magie du cinéma, et ben la couche de paillette est assez fine, et que dessous c’est pas jojo… Quatrième phase, c’est la dernière semaine voir les derniers jours avant le tournage. T’espères qu’une chose, c’est qu’il y ait une catastrophe, un drame (tremblement de terre, accident mortel,…), bref n’importe quoi qui te permettent de dire « Désolé les gars, mais vous comprenez que là, on est obligé de reporter le tournage plus tard. » Bon mais voilà, comme d’hab’, il se passe rien, et tu dois te rendre compte à l’évidence que t’y échapperas pas, alors autant essayer de faire les choses bien.

Du coup, on s’est posé devant la télé, il repassait «  Simon Sez : sauvetage explosif » sur W9, tu sais le truc avec le mec des 2be3 qui s’est buté en bagnole… Et on est parti se coucher, un peu plus détendu, en se disant que quoiqu’il arrive, notre série au moins, elle ressemblera à peu près à quelque chose…

Lundi 25 octobre 2010

Premier jour de tournage, je me lève en ayant la même proportion de stress que le jour de l’épreuve de philo au bac, c'est-à-dire en mode « on a bossé et pensé à tout, mais cherche pas, ça va quand même être la merde ».

Le premier point de rendez-vous de cette semaine, c’est la fac de Paris 3 dans le 5ème. Tout le monde est à l’heure, première rencontre avec certains membres de l’équipe, ça caille, on a que du café soluble, mais tout le monde transpire la hargne de réussir. C’est les vacances donc le parvis de l’université est complètement vide. Le PMU du coin de la rue est d’accord pour qu’on se maquille chez lui, mais pour pique-niquer, laisse tomber, faut pas pousser non plus. On dégaine déjà le sourire mielleux du dir prod « Ok, c’est pas grave, c’est cool même, on va se débrouiller autrement, merci-infiniment-quand-même ! »


L’équipe est très pro, et ça commence à tourner direct. Bon forcément au bout d’un moment, mes narines me chatouillent, signe annonciateur que mon karma va déraper d’un moment à l’autre, et en effet, un mec de la sécu de la fac débarque, c’est le responsable, il ressemble à Jason Statham, le sourire et le côté cool en moins. Non, il est pas au courant qu’il y a un tournage, non il a pas eu le mail, non la personne que j’ai contacté n’est pas là, oui c’est les vacances, oui il y a personne et oui ça dérange quand même qu’on soit là. Mickael Mongin le réal, arrivé la veille de Marseille, m’annonce qu’il en a fini pour les scènes à l’intérieur de la fac. Ca tombe bien.


Petit bug technique du côté du son, Simon, notre ingé son qu’on a recruté de justesse au dernier moment alors qu’on était en pleine galère, se débrouille comme un chef. Il y a un problème de câble, mais il négocie le prêt gratuit de matos de remplacement par téléphone avec un fournisseur parisien bien connu. Du coup, je fonce là-bas récupérer ça. Dans l’atelier de confection, il n’y a que deux mecs. L’un d’eux s’occupe de moi, c’est lui qui a eu Simon en ligne. Il me parle tout du long en imitant la voix d’Homer Simpson, c’est un peu gênant, mais comme j’ai pas envie qu’il me file de la daube, je me force à rigoler. Il se barre un moment chercher un truc. Son collègue qui bricole une mixette sur un établi, me demande sur quel projet on bosse, je lui raconte le pitch, il me regarde immobile et silencieux. Je commence à flipper, il a quand même un fer à souder dans la main, il finit par tirer sur sa clope, agite la tête et lâche un « putain ça défonce », et il reprend son boulot.

Je quitte la boutique un peu transpirant, mais faut avouer qu’ils sont quand même cool. C’est la grande famille des technicos, hein ?!... Ouais…

L’après-midi, je m’absente du tournage pour régler de la paperasse, mais quand je reviens à 17h, tout le monde est autour d’une bière. La journée s’est vraiment bien passée, Mickael est super satisfait du casting, d’ailleurs, l’équipe tourne plus rapidement que prévue, du coup on revoit entièrement le plan de travail. Bon, la journée s’arrête là, y a plus qu’à racheter des chips et du coca pour la régie de demain.


1 commentaire:

  1. Très sympa le journal de bord. Le truc des 4 phases est tellement vraiment. Principalement cet enthousiasme des débuts où dans ta tête le projet va tout arracher! Vivement la suite.Très sympa le journal de bord. Le truc des 4 phases est tellement vraiment. Principalement cet enthousiasme des débuts où dans ta tête le projet va tout arracher! Vivement la suite.

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